L’art de vendre la mèche
Pourquoi les grands auteurs vous révèlent la fin dès le début
À l'ère du spoiler érigé en sacrilège culturel, notre époque cultive une obsession presque névrotique pour l’effet de surprise. Malheur à celui qui évente le dénouement d’une série ou le déceptif twist final d’un thriller à la mode. Pourtant, à regarder de près l’histoire de la sémantique narrative, la grande littérature n’a que faire de cette pudeur de gazelle. Bien au contraire : elle s’est toujours délectée d’un procédé d'une audace folle :
La prolepse
Du grec prolepsis (« anticipation »), la prolepse consiste à projeter le lecteur en avant, à lui narrer par avance un événement qui ne s'est pas encore produit dans la chronologie de l'histoire. En somme, l'auteur vend la mèche. Mais loin de désamorcer l'intérêt du récit, cette entorse sacrilège au temps linéaire s'avère être une arme de séduction de masse.
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