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Thérèse Desqueyroux

il y a 4 jours
2 min de lecture

La Ponctuation dans le Chapitre 1 de Thérèse Desqueyroux


Œuvre : François Mauriac, Thérèse Desqueyroux (1927), Chapitre premier.


La respiration typographique comme révélateur de la solitude et du gouffre social.


Dans le premier chapitre de Thérèse Desqueyroux, l'enjeu dramatique est limpide : Thérèse vient de bénéficier d’un non-lieu après avoir tenté d’empoisonner son époux, Bernard. L’instruction judiciaire s'achève, la calèche s'apprête à ramener la jeune femme vers le domaine familial d'Argelouse.


Cependant, la véritable tension ne repose pas sur les péripéties, mais sur un contraste rythmique violent que Mauriac orchestre à même la ponctuation.

 

1. Le tempo de l’esquive : la vivacité des hommes de loi

 

L’ouverture du roman déploie une syntaxe vive et hachée pour dépeindre l’avocat Duros et le père Larroque :


« L’avocat ouvrit une porte. Thérèse Desqueyroux [...] sentit sur sa face la brume et, profondément, l’aspira. L’homme lui dit :

— Vous pouvez sortir ; il n'y a personne. »

 

Les phrases décrivant le monde des hommes avancent au pas de charge. Elles sont brèves, cadencées par des points nets et une ponctuation minimale. Pour l’avocat comme pour le père, la justice a parlé : « l'affaire est rondement menée », le scandale public est esquivé, il faut classer le dossier et courir au train. Cette écriture clinique mime l’efficacité bourgeoise : un monde pragmatique qui utilise la parole comme un instrument de convenance sociale.

 

2. La phrase-labyrinthe de Thérèse : le ressassement et la suspension

 

Dès que le projecteur narratif glisse vers l’intériorité de Thérèse, la texture typographique se métamorphose. La prose s'étire dans des périodes amples, saturées de signes :

 

●       La prolifération des virgules : Elle hache la réflexion de Thérèse, matérialisant le souffle court d'une femme traquée, suffocant sous le poids de son propre acte.


●       L’usage magistral du point-virgule : Mauriac refuse d'achever les pensées de son héroïne par des points tranchants. Le point-virgule maintient la conscience éveillée dans un piétinement obsessionnel : chaque proposition en appelle une autre sans jamais clore le débat intérieur.


●       Les deux-points : Ils marquent des seuils d'auto-analyse où Thérèse se scrute sans complaisance, anticipant l'affrontement avec son mari.


Cette phrase longue et dense épouse le balancement de la calèche dans l’obscurité landaise, tout en devenant la cage mentale d'un personnage qui n'a plus d'interlocuteur humain.

 

3. La polysémie du vide : « Il n'y a personne »

 

Le contraste éclate enfin sur une trouvaille lexicale que la ponctuation met en relief : la réplique « Vous pouvez sortir ; il n'y a personne ».


Pour l'avocat, séparé par un simple point-virgule utilitaire, cela signifie qu'il n'y a point de foule hostile sur le pavé. Mais le point final qui suit fait résonner un abîme pour Thérèse : ce « personne » préfigure le néant relationnel qui l'attend à Argelouse, la désertion des siens et sa condamnation à un exil intérieur définitif.

 

La ponctuation chez Mauriac dépasse donc la grammaire : elle sépare les vivants affairés d'une âme déjà recluse dans son propre enfer.

Thérèse Desqueyroux
Thérèse Desqueyroux

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