Le Matelot d’Amsterdam : Une tragédie en huis clos
- Le Paillenqueue

- 3 janv.
- 2 min de lecture
Au sein du recueil L'Hérésiarque et Cie, paru en 1907, la nouvelle de Guillaume Apollinaire intitulée « Le Matelot d’Amsterdam » se déploie comme une mécanique implacable où se mêlent l'exotisme et l’effroi.
Le récit s'ouvre sur l'arrivée à Southampton d'Hendrijk Wersteeg, un marin hollandais dont le bagage insolite — composé d'étoffes indiennes, d'un singe et d'un perroquet — semble promettre l’aventure. Pourtant, sa rencontre avec un inconnu, qui l'invite sous le prétexte courtois d'acquérir le volatile, scelle son destin.
L'intrigue bascule brutalement dans l'horreur du huis clos.
Une fois au domicile de l'acquéreur — une demeure dont l'esthétique raffinée contraste singulièrement avec la violence à venir —, le marin se voit séquestré. L'inconnu, révélant alors une âme meurtrière, lui intime l'ordre effroyable d'occire une femme captive, qui n'est autre que Lady Fangel, l'épouse d'un Lord anglais.
La narration d'Apollinaire joue habilement sur les contrastes et les paradoxes. D'un côté, nous observons un assassin à l'allure aristocratique et soignée ; de l'autre, un matelot dont l'apparence suggère la rudesse et la vulgarité, mais qui se retrouve ici manipulé par sa propre vénalité et la peur. La tension dramatique culmine dans la confrontation entre la victime, d'une jeunesse et d'une beauté admirables, et ses bourreaux. Lady Fangel, dans une ultime supplique, ne cesse de clamer son innocence face à l'inconnu qu'elle nomme Harry.
Le dénouement, tragique et mystérieux, laisse Lord Fangel face à une énigme insoluble : la découverte du corps de son épouse dans une pièce verrouillée, gisant près d'un marin qui semble s'être donné la mort. Ce « crime parfait » ne trouve sa résolution que par l'intervention ironique du seul témoin survivant. Le perroquet, animal jusqu'alors silencieux, devient le vecteur de la vérité en répétant inlassablement les derniers mots de la défunte : « Harry, je suis innocente ».
Sur le plan stylistique, l'œuvre se distingue par une maîtrise du rythme. L'auteur alterne phrases amples et incises brèves pour accélérer l'action, notamment lorsque la panique s'empare du singe ou que l'ordre fatal est prononcé. Les thèmes de l'infidélité, de la trahison et de l'abus de confiance sont ainsi explorés à travers une structure narrative chronologique, où le dialogue direct accentue le réalisme de cette scène de guet-apens.
Une lecture que je conseille aux nouvellistes. Car tout y est ! Le style, la structure narrative, l'effet de surprise et surtout la chute !
Le matelot d’Amsterdam- G. Apollinaire- L’hérésiarque et Cie 1907



